Le chargé de projet face à l’éthique

Par Marian Matei, PMP, ABna Services Conseils

« Monsieur le Chat, demanda Alice. Pourriez-vous m’indiquer le chemin à prendre? Cela dépend en grande partie de l’endroit où vous voulez aller, dit le chat. Cela m’est égal, dit Alice. Alors, peu importe le chemin que vous prenez, dit le chat. »

– Charles « Lewis Carrol »Dodgson ,1832-1898, écrivain anglais et, mathématicien, Les aventures d’Alice au pays des merveilles, 1865.

De nos jours l’éthique, personnelle ou professionnelle, est un concept omniprésent qui peut s’entendre partout et de toutes les façons possibles et ce, sans pourtant qu’il soit clairement défini. Une simple recherche non-systématique sur le concept arrête subitement le chercheur face à d’innombrables publications (voir livres, articles scientifiques, thèses, etc.).  Vu cette complexité, le chercheur, en tant qu’auteur de cet article, tente de vous soumettre une réflexion dont le poids repose surtout dans l’expérience professionnelle comme gestionnaire de projet. La valeur de cette réflexion réside dans deux éléments : son réalisme et son caractère incitatif au débat étant donné ses caractéristiques palpables en contraste majeur avec une « couleur » trop scientifique qui pourrait parfois empêcher le lecteur à donner son opinion.

Si on cherche à définir l’éthique, on va se diriger certainement dans un champ où l’approche multidisciplinaire est nécessaire. Des éléments comme la gestion dans toutes ses formes, le droit, l’économie se combinent d’une manière accablante avec la sociologie et la philosophie en tant que sciences humaines, et d’autres sciences (comme la psychologie et la biologie) afin de définir le concept ci-dessus mentionné. Pour la simplicité de l’analyse,  on va s’arrêter au dictionnaire Le Petit Robert qui donne la définition primaire de l’éthique comme étant la science de la morale ou l’art de diriger la conduite. On introduit ainsi la notion de conduite qui va nous amener plus tard au Code de déontologie et de conduite professionnelle du gestionnaire du projet introduit par Project Management International pour les praticiens en management de projet.

En analysant les points de référence concernant le gestionnaire de projet, l’acteur autour duquel on va analyser le concept de l’étique, on va trouver selon l’expérience de l’auteur deux dimensions ou, en employant un langage de gestion de projet, deux chemins critiques du même concept. On les a nommés ainsi parce que, même si on a des éléments communs, le résultat d’une action issu d’une application du concept de l’éthique, pourrait se retrouver à la fin d’un chemin ou de l’autre. Il s’agit, d’une part, d’une éthique personnelle basée sur l’éducation, la formation, les valeurs personnelles à l’égard de la morale et, d’autre part, d’une éthique professionnelle qui regroupe des notions, des principes, des valeurs morales qui permettent de juger une situation dans le cadre d’activités professionnelles. Les deux dimensions qu’on vient juste de mentionner peuvent se retrouver dans différentes situations. On parle de :

  • Conflit quand les valeurs personnelles ne peuvent pas se plier complètement devant une conduite professionnelle particulière;
  • Complémentarité dans une prise de décision où ces valeurs vont renforcer une position prise selon les règles d’une conduite professionnelle;
  • Désintéressement au moment où l’action est le résultat d’une prise de conscience personnelle ou professionnelle sans interactions.

Pour des fins de simplicité, le noyau de cette analyse réside au niveau de la prise de décision. Il a été positionné de cette façon, même si le domaine d’application est assez large (comme par exemple au niveau des comportements), pour donner une bonne visibilité au caractère applicatif du concept de l’éthique. Dans une allocution prononcée en 2004 par monsieur Pierre Lucier devant l’Association des praticiens en Éthique du Canada, on trouve une phrase simple et frappante « Quand on prend une décision, on fait évidemment tout pour que ce soit une bonne décision, pour que ce soit la bonne chose à faire, pour qu’elle produise les effets recherchés et ne dégénère pas dans les effets pervers ou dans les «dommages collatéraux» intolérables » qui ne fait que renforcer l’idée de l’importance de la prise de décision comme champ d’application de l’éthique. De plus, le positionnement du gestionnaire de projet peut prendre aussi des dimensions liées au rapport d’éthique avec soi-même, avec les autres et avec l’entreprise. « Comment va-t-on les prioriser ? » c’est un questionnement pour une analyse future par des spécialistes ou des praticiens en éthique !

En revenant au gestionnaire du projet, son éthique professionnelle peut être encadrée par le Code de déontologie et de conduite professionnelle du gestionnaire du projet introduit au début de cet article. Le premier chapitre, concentré autour de la vision et l’applicabilité, attire notre attention sur les valeurs fondamentales  qui sont mises en exergue par le Code comme étant sa fondation : la responsabilité, le respect, l’équité et l’honnêteté. Ces valeurs sont décrites en détail dans le deuxième chapitre dans une approche qui prend en considération la description et les normes pragmatiques et obligatoires de chaque catégorie.

Si on prend par exemple la responsabilité, en travaillant dans les dimensions conceptuelle et réaliste, on observe parfois un caractère idéaliste, si je peux me permettre le terme, des éléments qui forment le domaine applicatif de la responsabilité. Conceptuellement, nous faisons ce que nous promettons mais en réalité, le produit final de notre travail pourrait être différent de ce qu’on a promis au début en termes de coûts, d’échéances et de qualité. C’est la même chose pour la prise de décision dans l’intérêt de la société, de la sécurité publique et de l’environnement.

Pour le respect, nous écoutons les points de vue des autres cherchant à les comprendre. Nous discutons directement avec les personnes avec lesquelles nous sommes en conflit ou en désaccord. Mais en réalité c’est un modèle vers lequel on aspire tous en tant que gestionnaires de projets.

En additionnant l’équité au tableau des valeurs, on fait la même observation. On est conceptuellement transparent dans la prise de décision et on procède constamment au réexamen de notre impartialité et objectivité. Mais la réalité nous raconte une histoire où des processus comme ceux-ci ne sont pas nécessairement et systématiquement mis en place et les mesures correctives n’ont pas une place bien déterminée dans notre stratégie d’amélioration.

La touche finale, l’honnêteté, on la retrouve, selon mon expérience, constamment dans le comportement du gestionnaire de projet. On se dirige tranquillement vers le concept tel que défini dans le Code. Suite à une éducation et formation adéquate ou au milieu de travail valorisant qui pousse les gens à faire preuve d’honnêteté comme étant un devoir de comprendre la vérité et d’agir d’une manière honnête dans nos communications et dans notre conduite ( Code de déontologie et de conduite professionnelle , PMI).

En terminant avec cette analyse comparative, voici une tentative de guide pour renforcer la déontologie et la conduite professionnelle du gestionnaire de projet par rapport à son équipe et à l’organisation. Ce n’est pas une invention personnelle mais surtout une adaptation de la proposition de Nick Ciancio dans son article « The Seven pillars of an effective ethics and compliance program » qui priorise la mise en application et le renforcement des éléments suivants :

  1. Standards et procédures – communication des standards et procédures appropriés auxquels les employés adhèrent facilement;
  2. Supervision- par un vrai leader visionnaire et crédible;
  3. Éducation et formation- pour comprendre et respecter les procédures, et atteindre les objectifs;
  4. Auditer et surveiller- afin de trouver et éliminer les écarts entre les objectifs proposés et la réalité du projet et de l’organisation ;
  5. Compte-rendu -pour assurer une communication efficiente et de rester connecté à la réalité du projet et de l’organisation ;
  6. Respect les procédures et la discipline- en vue de renforcer l’adhésion à l’éthique professionnelle;
  7. Réponse et prévention – afin de faciliter l’amélioration et de prévenir la répétition des comportements inappropriés face à l’étique.

Pour donner le sens qu’il faut à la citation de début de l’article, tirée du  livre de Charles Dodgson, «  Les aventures d’Alice au pays des merveilles », l’individu, le gestionnaire de projet dans notre cas, reste le moteur de l’application de l’éthique  qu’elle soit personnelle ou professionnelle.

Même si on se met toujours face à l’éthique (questionnement d’Alice adressé au chat), cela reste le choix de l’individu dans la poursuite de ses actions. D’une façon consciente ou inconsciente on fait en sorte que l’étique soit un excellent compagnon dans notre métier. Finalement, Alice a trouvé son chemin dans Le pays des merveilles !!

Bibliographie

  • Code de déontologie et de conduite professionnelle – Project Management Institute;
  • Éthique et gestion- Où en sommes-nous?- allocution devant l’Association des praticiens en éthique du Canada (section Québec) le 12 février 2004 par M. Pierre Lucier, sous-ministre de l’Éducation;
  • L’Éthique au service du management- concilier autonomie et engagement pour l’entreprise, lecture critique par Laure Dupuis dans le cadre de MBA;
  • L’Éthique professionnelle – une perspective d’avenir, par Laure Alexandra Weiheimer dans le cadre du concours Promotion de l’éthique professionnelle, Diplôme du concours national remis le 21 juin 2006 à l’UNESCO;
  • Ethical decision making : How to make ethical decisions in 5 steps, par Lyndsay Swinton;
  • The seven pillars of an effective ethics and compliance program, par Nick Ciancio;
  • Les aventures d’Alice au pays des merveilles, par Charles « Lewis Carrol »Dodgson ,1832-1898 ;
  • Le petit Robert, dictionnaire analogique et alphabétique de la langue française.

À propos de l’auteur

Marian Matei est conseiller chez ABna Services Conseils inc., entreprise oeuvrant dans le dans le domaine des services conseils en développement et intégration des systèmes ainsi que du conseil en management et en charge de projet. M. Matei est un chargé de projet avec plus de seize ans d’expérience en TI. Il est détenteur d’un MBA en Gestion des entreprises ainsi que des certifications PMP- Project Management Professional, ScrumMaster et ITIL. Monsieur Matei a accumulé une vaste expérience en gestion et, plus précisément, dans le domaine de la gestion des projets en technologies de l’information, en développement des systèmes de gestion et en « supply chain management ». Monsieur Matei a l’objectif primordial et permanent de la qualité dans ses projets et dans ses relations, ainsi que le développement continu des habiletés en gestion des organisations, notamment en gestion de projet.

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