L’intégration des préoccupations environnementales dans les activités de gestion de projet

Paolo Salvini, ing, PMP, Groupe LGS.

Les préoccupations environnementales sont de plus en plus au centre de notre quotidien et avouons-le, à la mode. La prise de conscience généralisée des effets des activités humaines sur l’environnement est relativement récente. Nous assistons à une présence croissante de ces préoccupations dans nos choix à la maison, dans les écoles, dans le milieu communautaire.  Il devient donc naturel de se questionner sur l’impact de ces préoccupations dans notre profession de gestionnaires de projet. Dans cet article, nous allons présenter quelques réflexions sur ce sujet et en particulier comment intégrer ces préoccupations aux activités de la gestion de projet.

L’importance du rôle des organisations dans la protection de l’environnement apparaît évidente en 1996 lorsque l’organisation internationale de standardisation (ISO) publie une série de normes visant l’établissement d’un système de gestion environnementale (ISO 14000) à l’intérieur des organisations. Les modalités de certification des organisations par rapport à cette norme reprennent celles, bien plus connues, des normes ISO 9000 et elles sont appliquées par les organisations sur une base totalement volontaire. De la même façon que les procédures d’un système qualité, les notions de système de management environnemental peuvent être intégrées à la pratique de la gestion de projet.

La norme ISO 14000

La série de normes ISO 14000 se concentre sur la mise en place d’un système de management environnemental, lequel est constitué des politiques et des procédures qu’un organisme met en place pour réduire les effets dommageables de ses activités sur l’environnement et pour améliorer, de façon continue, ses performances en matière d’environnement.

Un système de management environnemental  (Environmental Management System ou EMS dans la littérature anglophone) vise à identifier les aspects environnementaux significatifs ainsi que les normes applicables de la législation, cibler des objectifs clairs et implanter un programme environnemental pour les atteindre. Pour réaliser son programme environnemental, l’organisation doit mettre en place plusieurs initiatives (politiques, procédures, instructions) et établir un niveau approprié de contrôle (mesures, enregistrements, analyses, évaluations et actions correctives). En tout temps, la haute direction doit s’assurer que le système de management environnemental demeure adéquat par rapport à la mission de l’organisation.

La norme ISO 14001 affirme qu’un système de management environnemental doit se concentrer sur les aspects significatifs qui ont un impact sur l’environnement, c’est-à-dire sur les activités, produits ou services d’une organisation qui peuvent interagir de façon significative avec l’environnement et ce tant dans le processus de conception, d’approvisionnement, de production que de mise en marché et de vente.

L’intégration des préoccupations environnementales dans les activités de gestion de projet

Les activités de gestion de projet sont naturellement intégrées aux processus organisationnels pour réaliser un produit ou fournir un service. Il est alors évident de se demander comment considérer les aspects significatifs pour l’environnement à l’intérieur des processus de gestion de projet et si, en les considérant, certaines décisions pourraient être différentes.

Pour répondre à ces questions, la littérature disponible sur ce sujet se réfère à la modélisation des neuf domaines de connaissance proposée par le PMBOK et elle analyse comment intégrer les facteurs d’impact environnemental dans chaque domaine. Le but visé est d’assurer la prise en compte de ces facteurs dans tous les processus décisionnels de gestion de projet.

Management de l’intégration : Les préoccupations environnementales sont à considérer lors de l’établissement de la charte de projet et de l’énoncé préliminaire. Le processus de maîtrise des modifications doit assurer que les impacts sur l’environnement soient toujours pris en compte dans l’évaluation et l’intégration des modifications.

Dans les intrants aux différents processus, le PMBOK mentionne les facteurs environnementaux de l’organisation et les actifs organisationnels. Or, le souci pour l’environnement est sans doute un élément important de la culture de l’organisation tout comme les normes et règlements à respecter dans un domaine d’activité. L’existence d’un système de gestion de l’environnement selon la norme ISO14000 représente un actif organisationnel.

Management du contenu : Dans le processus de la maîtrise du contenu du projet, toute modification au contenu devra prendre en considération l’impact sur l’environnement au même titre que les impacts sur les coûts ou sur les délais. Selon les cas, un changement du contenu du projet n’aura pas d’impact sur l’environnement et donc cette dimension n’affectera pas la valeur du projet, ou, au contraire, les impacts environnementaux auront un certain poids. Le processus décisionnel pourra, par la suite, privilégier d’autres aspects que l’environnement.  Mais ce qui est important c’est de considérer cette dimension dans le processus décisionnel.

Management des délais et des coûts : Le management des délais devra comprendre la planification et la gestion des activités reliées au support de la politique environnementale de l’organisation. Le management des coûts pourra également inclure les estimations, les prévisions budgétaires et le suivi des coûts des activités associées à la politique environnementale.

Management de la qualité : Dans ce domaine, on retrouve les activités en support du système de gestion environnementale selon les normes ISO 14000. Également, selon de la nature des projets, il sera possible de retrouver des activités spécifiques (contrôle qualité, assurance qualité, audit) visant à assurer la satisfaction des exigences en matière environnementale du produit ou service issu du projet.

Management des ressources humaines : Dans le domaine du management des ressources humaines, on pourra retrouver la sensibilisation et la formation des membres de l’équipe de projet à l’intégration des préoccupations environnementales.

Management des communications : Dans le plan de communication il faudra, lorsque ce sera applicable, ajouter des éléments d’information spécifiques destinés aux parties prenantes du projet qui ont des préoccupations en matière d’environnement (ex. les regroupements environnementalistes ou de citoyens). De plus, il serait important d’intégrer aux rapports d’avancement de projet les activités relatives à l’environnement.

Management des risques : Lors de l’analyse des risques, l’analyse des impacts sur l’environnement et sur la politique environnementale de l’organisation pourra porter à catégoriser différemment les risques et, en conséquence, à planifier différemment les mesures de mitigation.

Management des approvisionnements : L’intégration des préoccupations environnementales pourra se traduire par le choix de fournisseurs qui adoptent une politique environnementale ou par la réalisation d’activités de sensibilisation des fournisseurs à la politique environnementale de l’organisation.

Quelques initiatives de promotion d’une culture environnementale à l’intérieur du projet

Une culture organisationnelle soucieuse de l’environnement se développe également à travers plusieurs initiatives individuelles, certainement d’une portée limitée, mais qui peuvent avoir un impact lorsqu’elles sont adoptées par un grand nombre de personnes. Le chargé de projet, étant donné son rôle, est sans contredit un des acteurs du projet qui peuvent favoriser le développement d’une telle culture. À titre de suggestion, voici quelques initiatives destinées à promouvoir une culture environnementale à l’intérieur de l’équipe de projet :

  • Encourager la réduction de papier en produisant les rapports de suivi d’avancement de façon électronique ;
  • Promouvoir l’utilisation d’ordinateurs portables qui demandent moins d’énergie qu’un poste de travail traditionnel et qui, utilisés lors des réunions, peuvent contribuer significativement à la réduction des impressions sur papier pour consultation et pour la prise de notes.
  • Lorsque nécessaire, imprimer les documents recto verso ou plusieurs pages sur une même feuille pour diminuer la consommation de papier ;
  • Considérer l’augmentation de la consommation d’électricité lors de la décision de réaliser des heures en temps supplémentaire;
  • Penser à éteindre tous les équipements informatiques à la fin de la journée ;
  • Dans le domaine des approvisionnements, donner la préférence à l’utilisation de papier recyclé et considérer, dans les critères de choix de fournisseurs, les fabricants d’équipements électroniques qui adoptent des politiques environnementales ;
  • Adhérer aux différents programmes de recyclage des cartouches de toner ou d’encre d’imprimantes, de téléphones cellulaires, de batteries rechargeables et d’autres équipements électroniques ;
  • Prévoir le recyclage d’ordinateurs inutilisés par des dons à des organismes de bienfaisance ou communautaires.

En conclusion

En adoptant cette approche à l’intérieur des processus et des activités de gestion de projet, on sera en mesure d’intégrer les préoccupations des effets sur l’environnement dans une bonne partie des processus de gestion de projet. Attention, cela n’implique pas que toutes les décisions prises seront différentes ! Cela voudra dire, tout simplement, que les impacts sur l’environnement n’auront pas été ignorés.

Références

http://www.iso.org/iso/iso_catalogue/management_standards/iso_9000_iso_14000/iso_14000_essentials.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9rie_des_normes_ISO_14000

http://www.green-pm.com/

http://www.brighthub.com/office/project-management/articles/34627.aspx#ixzz0Z7IZStPF

http://www.greenit.fr/

À propos de l’auteur

Paolo Salvini cumule quatorze années d’expérience dans le domaine des technologies de l’information. Au cours de sa carrière, il a occupé des postes de chargé de projet en développement logiciel, en gestion de la qualité et en organisation de la production dans le secteur privé ainsi que pour différents clients du secteur public. Diplômé en génie électrique à l’École Polytechnique de Turin, il détient également un diplôme de deuxième cycle en génie industriel obtenu à l’Université Laval. Il est membre de l’ordre des ingénieurs du Québec et il est certifié PMP depuis 2007. Il siège au conseil d’administration de la section Lévis-Québec du Project Management Institute

Il œuvre présentement comme chargé de projet pour le compte du Groupe LGS Inc.

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