L’acceptabilité sociale des projets est-elle un mythe ou une réalité?

Jean-Gynse Bolivar, M.Sc., Consultant et formateur.

Éoliennes, exploitation des ressources naturelles, entreposage de déchets radioactifs: peu importe la déclinaison, certains projets suscitent une opposition dont doit tenir compte l’équipe de direction d’un projet afin d’en assurer la réalisation et l’atteinte des résultats souhaités.

Dans le domaine économique, les préoccupations ont beaucoup changé depuis une dizaine d’années. Partout et, particulièrement dans les sociétés industrialisées, l’acceptabilité sociale des projets est un concept dont on entend parler couramment aujourd’hui et qui traduit bien les nouvelles façons de gérer l’espace économique. Comme le montrent plusieurs études, cette nouvelle réalité influence le management de projets et est bien présent à divers stades de l’évolution d’un projet lors de sa définition (Carrier, 2004; Villeneuve, 2007; Bolivar, 2008). Il faut comprendre que l’acceptabilité sociale devienne donc aujourd’hui une condition essentielle pour assurer la survie d’un projet.  

Malgré l’appui du gouvernement du Québec, plusieurs exemples récents de projets font état de l’importance à accorder au facteur de l’acceptabilité sociale. On peut se demander ce qu’il en est de l’acceptabilité sociale dans le cas des éoliennes qui, malgré le support inconditionnel dont bénéficient ces projets de la part des groupes environnementalistes et écologistes, une résistance sociale apparaît. Une telle situation nous amène à poser d’autres questions. Dans quelles mesures, le développement d’un projet peut-il faire l’unanimité dans les collectivités locales? Ce sont ces questions qui nécessitent des réponses urgentes en vue d’une reconfiguration des pratiques de gestion d’une entreprise souhaitant s’engager sur la voie du développement durable. Le présent article a pour objectif principal de proposer un cadre de réflexion utile au gestionnaire de projet qui s’intéresse à cette question d’ordre transversal.

Qu’est-ce que l’acceptabilité sociale?

Dans la littérature scientifique, il existe peu de définitions qui se rapportent au concept « acceptabilité sociale». La définition proposée par Madame Nathalie Normandeau, Vice-première ministre du Québec, est celle à laquelle nous portons une attention particulière. L’acceptabilité sociale d’un projet est l’acceptation d’un projet par la majorité des citoyens. Dans sa définition, elle indique ainsi : « l’acceptabilité sociale est l’acceptation d’un projet par la majorité des citoyens, qu’ils soient concernés directement ou indirectement par les retombées et les impacts du projet». On peut comprendre que cette définition ne s’applique pas toujours dans le cas des projets sensibles à l’environnement, développés dans les collectivités locales. Puisque le déploiement des éoliennes ne progresse pas aussi vite qu’on le prévoyait dans le Bas-Saint-Laurent, il est possible que le problème soit plus complexe qu’on ne le pense.

Pour d’autres spécialistes, la notion d‘acceptabilité sociale est directement liée à la perception d’une menace qu’un projet peut laisser planer sur la vie ou la qualité de vie d’un milieu, donc sur l’utilisation des biens et des activités humaines de ce milieu. L’acceptabilité sociale est « l’acceptation anticipée d’un risque à court et à long terme qui accompagne, soit un projet, soit une situation ». Pour eux, une analyse coûts-bénéfices est généralement un préalable à l’évaluation du consentement à payer. Elle permet de trouver l’équilibre entre les craintes des uns et les bénéfices des autres.

Il existe nombreux indicateurs d’acceptabilité sociale. La définition de l’acceptabilité par les citoyens suppose :

— Le citoyen au cœur du développement

— Large consensus

— Accès à l’information

— Une révision du modèle de développement des projets

Opposants au projet éolien de Ste-Luce

Ne pas ridiculiser les opposants – comprendre leurs motifs et leurs besoins
Rapporté par Jean-Louis Chaumel, mars 2009, professeur à la retraite de l’UQAR
«…Ce que j’ai appris des projets éoliens : cas de Rivière-du-Loup et Ste-Luce »

Dans le cas des éoliennes, divers groupes qui se sont levés systématiquement partout au Québec sont un indicateur de la « non-acceptabilité » du modèle éolien choisi. Beaucoup efforts sont déployés afin de faire accepter collectivement certains projets, mais le même modèle de gestion ne peut pas s’appliquer à tous les projets compte tenu les spécificités locales. À mon avis, l’acceptabilité sociale est, en quelque sorte, une question de concertation, d’intérêts de chaque groupe de citoyens concernés par le projet. Alors il faut en tenir compte et négocier avec les citoyens. Ce constat doit être considéré par le gestionnaire de projet, particulièrement dans les projets qui ont un aspect environnemental. Il aura intérêt à s’en préoccuper tôt dans le processus, lors de la gestion des attentes des parties prenantes.

Vers une nouvelle approche d’intégration en management de projets  –  La gestion des attentes des parties prenantes…

Plusieurs modèles de gestion disponibles aujourd’hui nous permettent d’identifier les parties prenantes. Ceux-ci sont uniquement applicables dans les premières phases du projet. Mais il n’existe pas d’approches spécifiques qui permettent de gérer les attentes des parties prenantes. Néanmoins le guide PMBOK, référentiel des connaissances en management de projets en fait mention. Pour la gestion de projet en mode PMBOK, la prise en compte de l’accessibilité sociale se résume à identifier les parties prenantes «sociales» et en tenir compte lors des communications durant le projet. Il mentionne que les parties prenantes identifiées dans la première phase du projet disparaissent avec le temps, mais d’autres les remplacent progressivement et avec parfois des attentes différentes.

Pour arriver à intégrer la notion d’acceptabilité sociale dans les projets, l’analyse des questions reliées au développement durable doit être intégrée tout au long du cycle d’un projet; comme le processus opératoire présenté plus bas. À l’exemple d’une approche de management plus responsable, la démarche parvient désormais à intégrer les intérêts de l’ensemble des parties prenantes dans les processus décisionnels. Les groupes d’intérêts locaux, dont les citoyens, les regroupements politiques, les associations locales, etc. doivent participer et être informés régulièrement de l’évolution du projet durant toutes les phases de sa réalisation.

Voici une démarche en cinq (5) étapes que l’on doit suivre afin de parvenir à une meilleure intégration des parties prenantes stratégiques.

  1. Identifier tous les groupes d’intérêts et durant toutes les phases du projet
  2. Mesurer leur potentiel de collaboration ou de menace;
  3. Amorcer un processus d’accompagnement des groupes d’intérêts;
  4. Établir un plan de communication;
  5. Envisager leur intégration de façon continue durant la réalisation du projet; 

Conclusion  –  Changer nos habitudes, pour pouvoir bien agir

L’acceptabilité sociale est aujourd’hui une notion incontournable dans la nouvelle réalité des projets. La considération des parties prenantes tout au long de chaque phase dans le cycle d’un projet est un facteur important qui peut contribuer à réduire les risques de dérapage d’un projet. Si nombreux projets ne sont pas livrés à l’intérieur des limites de temps fixées au préalable – voire bloqués définitivement, alors, pour une partie des cas, il est possible que ce soit parce que les considérations sociétales n’ont pas été prises en compte dans la planification du projet.

L’acceptabilité sociale n’est pas affaire de sondages positifs ou de quantité de mémoires favorables. Elle est plutôt une question de concertation ou de négociation. L’acceptabilité sociale est aussi une réalité friable et changeante avec le temps. Pour réduire ses effets néfastes, il est suggéré de:

–          Impliquer davantage les entreprises locales dans les processus de consultation;

–          Communiquer des informations pertinentes durant la réalisation du projet;

–          Considérer le facteur politique dans les stratégies de gestion du changement;

–          Négocier pour mieux concerter;

–          Former (éduquer) les élus locaux, s’il y a lieu;

–          Ne pas ridiculiser les opposants, car la meilleure solution est de comprendre leurs motifs et leurs besoins et d’essayer de concilier les points de vue

Il est évident que les entreprises qui auront les meilleurs résultats à long terme seront celles qui arrivent à conjuguer simultanément l’environnement, l’économie et une responsabilité vis-à-vis des communautés locales. Cette responsabilité n’a de raison d’être et de pérennité que si elle s’inscrit dans une approche « gagnant – gagnant ».

À propos de l’auteur

Jean-Gynse Bolivar œuvre dans l’environnement des projets depuis 2001. Il a l’expérience dans le développement ainsi que la gestion et l’évaluation des programmes et projets. Il détient un diplôme de maîtrise en gestion de projet et un diplôme d’Ingénieur agronome; il a également complété un baccalauréat en économique (Profil – développement durable), et un certificat en andragogie (coaching et formation). Ses travaux de recherche portent sur le management du développement durable dans les organisations. Monsieur Bolivar est actuellement consultant, conférencier et formateur au sein des organisations.

Cet article est disponible en format PDF

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